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Vendredi 31 mars 2006

Final Fantasy VIII

Réflexion sur le mythe

 

 

 

Final Fantasy VIII est probablement l’épisode de la saga qui possède le scénario le plus riche et le plus travaillé (quoi qu’en disent certains) ; établir des réflexions et des suppositions sur les zones d’ombre de ce récit ne s’avère vraiment pas facile ; surtout avec un nombre de caractères limités… Je vais commencer par exposer mes supposions sur le scénario, afin d’éclaircir quelque peu certains points obscurs. Je terminerai par les réflexions philosophiques qui découlent d’une telle histoire.

 

Le lien entre Squall et Laguna est probablement la zone d’ombre la plus facilement recouverte de lumière, tant certains éléments sont relativement explicites à ce niveau. Squall est le fils de Laguna et Raine. Cette dernière est morte en mettant son bébé au monde. Dans sa grande faiblesse psychologique, Laguna, ne pouvant s’occuper d’un enfant (ce qui mettrait de plus en péril sa volonté de devenir journaliste et de voyager), est contraint de le laisser aux bons soins d’Edea, à l’orphelinat. Il y place également Ellone, cette dernière ayant perdu Raine, sa mère adoptive (rappelons que la jeune femme avait recueilli la petite Ellone, dons les parents avaient été tué par des Esthariens lors de l’assaut pour trouver un successeur à Adel sur Esthar). Contrairement à ce que beaucoup pensent, Ellone n’a absolument aucun lien parenté « sanguin » avec Squall. Il s’agit juste sa sœur adoptive. De nombreux détails parsèment le jeu concernant le lien existant entre Laguna et Squall, en particulier à la fin, à bord de l’Hydre, juste avant l’assaut de la Lunatic Pandora. Kiros dit ainsi au héros : « Tu ressembles beaucoup à ta mère », tandis que Ward réplique avec un tendre : « Heureusement que tu ne ressembles pas à ton père ! » Kiros et Ward étaient très proches de Laguna et Raine (on l’apprend durant les flash-back) : on ne voit pas à qui d’autres ils pourraient faire allusion. Et juste avant cela, Laguna avoue à Squall : « On a beaucoup de chose à se dire… » Inutile de tergiverser sur les différences d’âges entre les deux protagonistes telles q’on les voit dans le manuel, Squall a dix-sept ans,  certes, et Laguna a vingt-sept ans dans les flash-back que subit Squall par la volonté d’Ellone. Mais on voit clairement que Laguna est bien plus vieux lors de la rencontre à Esthar. Tout concorde ; pour ceux qui douteraient encore du lien entre les deux héros, je ne peux que leurs conseiller de refaire l’aventure à 100% certaines quêtes annexes s’avèrent très utiles au niveau du scénario et de bien faire attention aux détail exposés (ne serai-ce que le plan où Laguna voit passer la BGU au-dessus de lui à la fin du jeu. La ressemblance physique avec Squall est frappante).

L’autre point sombre de l’histoire est par contre nettement moins évident à éclaircir. Il concerne le personnage d’Ultimécia, dont les ambitions et les motivations sont bien trop floues pour justifier ses actes. Il y a quelques années, un internaute anglais a proposé une hypothèse ma foi très intéressante, et sans doute la plus plausible à ce jour : Ultimecia serait en réalité Linoa dans le futur !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Linoa dans le futur ?

 

Plusieurs détails convergent vers cette solution, à commencer par celui qui met réellement la puce à l’oreille : le réveil de Cronos lors du combat final.

Comme chacun le sait, Cronos est le nom de la bague avec une tête de lion que Squall donne à Linoa au cours du jeu. Certes, juste avant de procéder à l’invocation, Ultimécia dit quelque chose du genre : « Laissez-vous envahir par votre pire cauchemar. » Sauf que le lion de Cronos représente symboliquement le tempérament de Squall, et non son cauchemar. De plus, avec le choix aléatoire de personnages, on n’est guère obligé d’avoir le héros dans l’équipe lors de cette bataille. La citadelle d’Ultimécia se situe au-dessus de l’orphelinat et du champ de fleurs, l’endroit où s’est effectué la promesse de Squall et Linoa : « if you come here, you’ll find me, I promise, I’ll be waiting for you here.» Les ailes noires d’Ultimécia font très certainement référence aux ailes d’ange ede la dernière sorcière, Linoa (d’autant que les plumes et les ailes sont loin d’être des détails anodins dans le scénario). Les deux visages d’une même personne, partagée entre la lumière et les ténèbres… on retrouve d’ailleurs la même opposition entre plumes blanches et noires autour de Linoa lors de la scène d’introductions. Il est expliqueé à un moment que les sorcières deviennent maléfiques par la perte de leur « chevaliers ». On peut ainsi imaginer que Squall est mort dans le futur, et que Linoa est alors devenue Ultimécéa, une sorcière maléfique… mais il existe un autre personnage qui aurait pu devenir le dernière boss, Edea. La présence du château au-dessus de l’orphelinat concorde, tout comme le dialogue lors de l’ultime affrontement : « Souviens-toi de ton enfance, ces paroles insensées, tes émotions brutes… » Néanmoins, ces détails ne sont pas suffisant pour justifier les desseins d’Ultimécia. Lors de la cinématique final, Squall, perdu dans la compression temporelle, n’arrive plus à se souvenir du visage de Linoa (parce qu’il change lorsqu’elle devient Ultiémicia ?) ; face au visage brouillé de son amour qui tournoie, il a plusieurs flashs remplaçant sa vision de Linoa, dont un présentant Ultimécia. Détail intéressant, la dernière forme de la sorcière maléfique n’a pas de visage (mais possède deux parties, pourquoi ?)… Dans le jeu, Linoa n’atteint la « canonisation » et donc sa forme de sorcière qu’après avoir été possédée par Ultimécia. Mais son statut subsiste même une fois l’envoûtement dissipé. On peut ainsi imaginer qu’Ultimécia aurait possédé Linoa afin de la transformer en sorcière, pour qu’elle puisse  gérer le « cycle » temporel, et qu’elle devienne Ultimécia dans le futur. On peut aussi noter le fait que les créatures du jeu ont mis en avant Linoa, en la présentant comme l’élément central du scénario.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hypothèse

 

Voici mon hypothèse sur la transformation de Linoa : on peut imaginer, lors de la compression du temps à la fin du jeu, Squall ne parvient pas à retrouver Linoa, et qu’il meurt de chagrin (ce qui se passe d’ailleurs dans la vraie fin, avant que son amour ne le « réveille » au lieu promis). Il peut très bien mourir de vieillesse aussi. Son chevalier ayant péri, Linoa devient maléfique, ses ailes de sorcières deviennent  noires, et elle se transforme en Ultimécia. D’abord désireuse de retrouver son amour perdu, elle décide de déclencher une compression du temps, pensant ainsi le ramener du passé. Elle place bien évidemment son château au lieu de la promesse, l’orphelinat. Mais l’attente se faisant insupportable et la folie prenant le dessus, les vœux de retrouvailles d’Ultimécia s’estompent, et la compression temporelle lui servira à annihiler l’univers. Pour parvenir à ses fins, elle utilise la machine de Geyzer (qu’elle a connu à Esthar, ville rarement approchée, tandis qu’elle était encore Linoa) a conçue sur le modèle des pouvoirs d’Ellone inutile de s’attarder sur toutes les manipulations qu’effectue Ultimécia, étant donné que c’est explicite dans le jeu. Une fois la compression activée, elle rencontre ses anciens amis les Seed, venus comme prévu la tuer et ayant déjà éliminé les sorcière appartenants à différentes époques, empêchant ainsi Ultimécia d’en prendre le contrôle. Mais l’aspect maléfique de sa personnalité ayant complètement pris le dessus, elle ne parvient pas à se remémorer Squall : elle se souvient seulement de ce qui symbolisait son amour. Elle utilise ainsi la bague pour invoque Cronos, puis fusionne avec. Une fois cette forme vaincue, Ultimécia et les héros se retrouvent au cœur de la compression, dans l’espace. Ultimécia n’a plus de visage, et son corps est scindé en deux parties (l’une des deux absorbe l’autre, d’ailleurs. Est-ce le combat des personnalités de Linoa ?). Mais ce combat lui fait recouvrer la mémoire, et elle entame un monologue (qui s’achève par un « Et… » Des plus frustrants) visiblement destiné à Squall. Le passage où elle dit « Le temps s »coule comme du sable » fait peut-être référence à une hypothétique morte de vieillesse de Squall. Après avoir été vaincue, Ultimécia doit léguer ses pouvoirs avant de décéder : elle retourne donc sur le lien de la promesse, comme si sa mémoire lui était revenue, et tombe sur Edea, à qui elle fait don de sa magie. Squall, perdu dans la compression temporelle, ne parvient pas ç rejoindre l’endroit de la promesse, et ne se rappelle pas le visage de Linoa (est-ce dû au combat contre la forme final d’Ultimécia ?). il meurt alors de chagrin, mais sa chère et tendre le retrouve et le ramène a la vie. Voilà, c’était ma courte interprétation du rapport Linoa/Ultimécia, qui reste somme toute assez ambigu, et avec quelques incohérences ou plut^t incompréhensions (le début du monologue du dernier boss, le rapport entre Cronos et « le cauchemar des héros », la volonté de tout détruire lors de la compression, etc.). C’est là où se situe toute la richesses de l’histoire de FFVIII, dont la portée philosophique n’est plus à démontrer (malgré ce que disent certains rabat-joie), mais à étudier.  

 

Final Fantasy VIII conte le récit initiatique de Squall, jeune homme en fin d’adolescence qui, paradoxalement, possède à la fois des ambitions matures et idéalistes. Doté d’une forte personnalité, Squall est un héros froid et distant, qui ne trouve pas d’utilité particulière a entrer en contact avec les autres : « se faire des amis n’a rien de réjouissant non plus » répliquera-t-il ainsi à Quistis lorsque cette dernière tentera de lui faire comprendre l’importance de l’amitié. Néanmoins, derrière cet aspect de loup solitaire se cache un grand cœur qui a souffert de la solitude et de l’abandon de ses parents. Recroquevillé sur lui-même, avec comme seul support psychologique la présence d’Ellone et de ses camarades de l’orphelinat, Squall s’est forgé pendant son enfance un caractère d’acier, résolu à ne vivre que par et pou lui-même (en un sens, ça me rappelle quelque peu Asuka dans Evangélion, voire Shinji, en moins pessimiste). Squall s’est distancié des « autres », et ça ne lui semble pas plus mal, ce qui en fait pour lui un choix bien fondé. Néanmoins, son renfermement et son côté introverti demeurent plus une méthode d’échappatoire qu’autre chose. Privé de la véritable éducation des parents, Squall a peur du contact avec les autres, peur de se transformer, de ne plus être lui-même (ou ce qu’il considère comme étant lui-même). L’habituelle peur du changement et de l’inconnu, qui est inhérente à l’homme… Et pourtant, notre héros va l’apprendre peu à peu, le « moi » d’un être se caractérise grâce aux autres individus. On ne peut tenter de se connaître qu’en entretenant des rapports avec autrui. C’est là qu’intervient l’amour dans la vie de notre rebelle solitaire, concrétisé par Linoa. Qui de mieux qu’une jeune fille belle, mature, extraverti et au grand cœur pour « éveiller » notre héros, lui faire découvris son « moi » tout en l’initiant aux joies et aux émotions de l’amour ? La puissance de ce sentiment (c’est bien plus que cela) est au centre de l’histoire de FFVIII, comme en témoignage la promesse faite vers la fin du jeu, à l’orphelinat. Ce n’est pas pour rien que Linoa ne décède pas dans l’espace ; c’est grâce à la simple force de ce qu’elle ressent pour Squall, dont l’union est symbolisée par l’attachement du pendentif de Linoa avec la bague Cronos. La conclusion de l’aventure reste à mon sens la plus explicite à ce niveau-là, et constitue en quelque sorte un bien beau résumé du jeu.  Renfermé, froid et distant, le monde que Squall se forge à travers sa pensée et ses idées n’est qu’un vaste trou noir, un abîme infini où son âme s’abandonne aux aspirations de l’ego. C’est ce que symbolise le désert (voire le vide total que l’on découvre quelques secondes plus tôt) dans lequel erre Squall lors de la compression temporelle. Notons que juste avant, il se retrouve à l’orphelinat, pendant son enfance, quand son côté solitaire et sa volonté de ne vivre que par et pour lui-même se sont affirmés. Mais notre héros réalise ensuite qu’il ne peut rester dans ce monde vide et désert qu’il s’est forgé. Une plume blanche descend devant lui dans cet univers hostile, symbolisant clairement l’espoir ou l’amour, le désir de le changer en réalité. Le jeune Seed repense alors à celle qui lui a appris à ouvrir son cœur, Linoa, mais il ne parvient pas à se souvenir de son visage. S’ensuit une quête psychologique de quelques minutes pendant laquelle Squall tente de s’en rappeler. Il revoit par le courts flash-back les différents évènement qui l’on amené ici et s’en remet donc à ses souvenirs des visages des amis (ou ennemis) qu’il s’est faits. Notre héros comprend enfin l’utilité du contact avec autrui. Ce sont les évènements qu’il a vécus durant ces derniers jours qui ont fait de lui l’être, le « moi » qu’il est réellement. Il a appris à se connaître, il s’est découvert sentimental grâce à l’amour profond (mais au départ dénié) qu’il avoue Linoa. Mais une fois de plus, le jeune homme perd ses moyens : il n’a pas réussi à rejoindre le lien de la promesse, le visage de son amour s’est perdu, il se retrouve seul comme avant. Mais maintenant qu’il à s’extérioriser, à afficher ses sentiments, ma solitude ne lui sied plus, et il meurt de chagrin (la larme qui coule, la blancheur glaciale qui l’envahit, la plume qui tombe au sol…). Linoa arrive alors, et de par son statut de sorcière, mais surtout grâce à son amour, « réveille » Squall. Les ténèbres du ciel (le voile psychologique du héros) disparaissent au profit d’un décor paradisiaque, le lieu de la promesse, symbole de l’amour qui l’a éveillé au monde l’entourant monde auquel il avait tenté d’échapper. A la fin, pour la première fois, Squall sourit. Son parcours initiatique s’achève, il est vivant, il est heureux, il est « lui ».  

 

Bien que Final Fantasy VIII puise sa richesse thématique dans les personnages de Squall et Linoa, il n’en demeure pas moins que d’autres pistes ou réflexions philosophiques sont disséminées dans le jeu. Ainsi, des phrases comme « Se bercer d’illusions, c’est le meilleur moyen d’être déçu » montrent la volonté du scénariste de proposer des dialogues à la fois réalistes et percutants. On est loin du temps de la SNES , avec des textes allant droit au but et sode de la série, Final Fantasy VIII comporte aussi une critique constructive de la guerre (en l’occurrence celle opposant Balamb et Galbadia), bien qu 'l’ensemble soit loin des véritables métaphores que nous propose FF V et FF IX. On retrouve néanmoins certains éléments intéressants, en particulier les « bases » qui animent les conflits : les divergences de points de vue. Les idéaux et les divergentes façons de penser creusent des fossés entre les hommes. C’est ce qui provoque les guerres, et les héros de FF VIII l’apprendront peu à peu. Ces protagonistes seront amenés à côtoyer et à apprécier des personnes (Irvine par exemple, qui fait partie de l’université de Galbadia) leur étant d’ordinaire inaccessibles à cause des divergences d’opinions. Des alliances se tissent ainsi, qui semblaient peu probables entre hommes de discours opposés (Squall et Laguna), voire des liens de sang sont sécouverts.cet aspect utopiste était déjà présnet dans les précédents FF, où les diverses races normalement antagonistes se sont toujours alliées au final pour contrer le Mal. On retrouve aussi une critique d’un certain aspect sectaire dans le jeu, en l’occurrence le culte qui semble entourer sectaire dans le jeu, en l’occurrence le culte qui semble entourer la sorcière Edea, et l’aliénation que subissent les partisans de cette nécromencienne. En particulier son soi-disant chevalier, Seifer, qui se laisse submerger pas ses émotions et son rêve… Constamment aveuglé par ce dernier, Seifer se laisse berner et manipuler par Edea, tout en croyant qu’il concrétise ses propres vœux. Mais il apprendra à ses dépens qu’on ne devient pas forcément heureux en essayant d’atteindre certains songes « inaccessibles », et que le bonheur se trouve par l’accumulation des choses simples de la vie. C’est pourquoi il sourit lors d’une simple partie de pêche à la fin du jeu : loin de son rêve et de sa rivalité avec Squall, Seifer a retrouvé la joie de vivre.

 

Au final, FF VIII est une véritable aventure initiatique, qui concerne surtout le triangle amoureux composé de Linoa, Squall et Seifer. Une œuvre unique et réfléchie, mélangeant habilement univers futuriste/ fantaisiste avec réflexions métaphysiques et analyses psychologiques.

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