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Mardi 21 février 2006

Final Fantasy IV

 

Réflexion sur le mythe

 

Premier épisode de la saga proposant vraiment un scénario travaillé ainsi qu’une pléiade de personnages tous plus réussis les uns que les autres, Final Fantasy IV est une œuvre riche et plutôt passionnante.

 

Thème récurrent dans les RPGs et mis en avant dans FFIV, la manipulation est au cœur du scénario de cet épisode. Tous les principaux protagonistes se retrouvent tour à tour manipulés ; cela commence par Cecil, guidé aveuglément par un roi avide de pouvoir. On continue avec Cain, qui passe sous l’emprise du chevalier noir Golbeze. Enfin, ce dernier se révèle n’être au final qu’un pantin oeuvrant pour le diable Zemus. Le cas de Cecil est certainement le plus intéressant à étudier : Dark Knight au service de son royaume, il voue une grande fidélité à son souverain. Mais récemment, depuis la conquête des cristaux, il commence à douter des intentions de son monarque…. Cecil est l’exemple même du personnage pensant mener une vie parfaite (il a l’amour, la reconnaissance, le boulot, etc.) mais en proie à des incertitudes. Ainsi, il se rebelle contre son roi, se rendant compte qu’il est manipulé depuis le début. L’ingénieur Cid a connu à peu près les mêmes tourments. Là ou Cecil ne semble vivre que pour son statut de Dark Knight, Cid cultive son amour pour l’ingénierie en construisant les navires de guerre de son roi, en particulier la flotte des Red Wings. Il a ainsi mis son talent et sa passion au service d’une œuvre plus que contestable. Pour les mêmes raisons que Cecil, il tournera donc le dos à son monarque. Je passerai sur le cas de Golbeze, qui est complètement manipulé psychiquement par Zemus : il n’y a rien d’intéressant à tirer de cela. Par contre, pour ce qui est de Cain, c’est une tout autre histoire ! Certes, ses actes semblent dictés par la volonté de Golbeze, mais ce dernier n’a pas une emprise totale sur le personnage. Les actes de Cain proviennent en réalité de son inconscient, de ses désirs les plus enfouis. En l’occurrence, c’est son amour impossible pour Rosa ( bah oui, elle est déjà prise par Cecil) qui le poussera à agir en conséquence : il l’enlèvera pour le compte de Golbeze. Si ce dernier désire procéder à un échange entre la fille et un des cristaux, Cain a plus agi dans le but de faire souffrir son meilleur ami, Cecil. C’est une véritable transposition de ses souhaits les plus secrets : il n’a jamais eu envie de faire du psychologiquement comme physiquement à Cecil, mais la manipulation qu’il subit le force à extérioriser ses pulsions, et par conséquent, a tout faire pour gagner l’amour impossible de Rosa. Un personnage au final amplement tragique, qui se laissera submerger par ses émotions et ses sentiments tout en étant sous le joug de Golbeze. Comme quoi, FFIV proposait déjà une psychologie fascinante…

 

 

 

Combat manichéen

 

Ce qui nous conduit à la véritable étude du cas de Cecil, centré autour du changement qu’il subit en cours de jeu, caractéristique du thème principal de ce quatrième épisodes. Pourquoi ne pourrait-on pas interagir avec notre destin ? Pourquoi ne pourrait-on pas changer pour la bonne cause devenir quelqu’un de complètement différent ? C’est un peu les questions qui sont implicitement posées dans FFIV, et dont les réponses convergent autour du personnage principal, Cecil. Ce dernier est à l’origine un Dark Knight, mais la découverte des plans odieux de son roi l’amènent à repenser complètement son dévouement à son monarque. Débute alors pour Cecil une longue recherche de soi.

 

Evidemment, afin de se comprendre soi-même, il faut avoir des contacts, interagir avec les autres. Seul l’entourage peut nous aider à déterminer qui nous sommes réellement, var c’est uniquement en présence d’autres personnes que l’on peut révéler nos véritables facettes. La première rencontre de Cecil durant cette quête d’identité est l’une des plus décisives, car elle marque l’issue d’un passage tragique. Devant effectuer une dernière mission pour son roi, Cecil détruit involontairement le village de la petite Rydia ; cette nouvelle trahison de son souverain fait définitivement basculer le chevalier de « l’autre côté ». les autres protagonistes du jeu sont tous présents dans le même but : permettre au héros de s’épanouir. Il découvrira ainsi le vrai pouvoir de l’amitié et de l’amour, ressentant pas la même occasion de plus en plus d’émotion (jusqu’au magnifique « goodbye » final qu’il prononcera à son frère Golbeze). Cecil est l’exemple type de la personnes sentant ses responsabilités s’accroître, qui prend véritablement sons destin en main et change pour la cause qu’il considère juste. Le passage le plus significatif à cet égard est sa transformation en paladin, le parfait opposé du statut de Dark Knight. Et c’est là que l’aspect humain de Cecil prend toute sa signification. Ce personnage symbolise à lui seul la dualité Bien/Mal qui sommeille en chaque être, et le combat Cecil paladin contre Cecil Dark Knight relève du symbolisme pur. On peut y voir la retranscription exacte de « l’affrontement » que l’esprit humain génère chaque jour, partagé entre les idées qu’il juge justes et bonnes et ses pulsions ; un combat psychologique incessant et qui ne trouvera jamais de fin, hormis pour ceux qui atteignent la sagesse. Et, pour revenir à FF IV, Cecil este  de ceux-là : il parviendra au terme de sa quête à plonger complètement dans le bon côté de la Force (hum, je me trompe de section là). I, héros passionnant et parfaitement représentatif de l’Homme.

 

J’aimerais revenir à Cain, son cas étant tout de même plus qu’intéressant. Passionnément amoureux de Rosa, il va jusqu’à renier son amour par amitié pour Cecil. Laissé ainsi dans sa peine, il constitue la cible idéale pour Golbeze, qui s’en servira pour kidnapper Rosa et ainsi pourvoir marchander avec Cecil. Cain se fera donc manipuler et agira en fonction des ordres indirects de son inconscient. Cependant, une fois la magie de Golbeze dissipé, Cain rejoindra le groupe de héros afin de se faire pardonner, mais aussi et surtout pou contrer la menace qui pèse sur le monde. Une phase de rédemption pour ce personnage, en quelque sorte. Néanmoins, trop blessé psychologiquement à cause du mal qu’il a fait à son amour durant sa manipulation, Cain n’assistera pas au mariage de son amie Cecil et de Rosa. On en arrivera alors à un plans superbe et profond : Cain est seul au sommet d’une montagne, le casque (le masque des désirs ?) retiré, ses longs cheveux blonds (la lumière a fini par l’emporter au sein de ce personnage) flottant librement au vent, et prononce cette phrase : « Please forgive me, Cecil and Rosa. « le chevalier Dragoon a ainsi trouvé la paix (symbolisée par le lieu où il se trouve), la sagesse (ses cheveux lumineux tranchant avec froideur de son armure) et le pardon. L’amitié et la Lumière ont une fois de plus triomphé.

 

Le sacrifice

 

Devant l’ampleur tragique de FF IV, il n’est guère étonnant de retrouver le sacrifice en tant que thème important du scénario. Ainsi, loin des clichés habituels, la trame principal amène peu à peu chaque personnage à donner sa vie. Néanmoins, on distingue deux types de sacrifice dans cet épisode, et la différence entre les deux est importante pour la symbolique histoire. Ainsi, d’un côté, on trouve l’acte du sage Tella, aveuglément guidé par l’esprit de vengeance qui l’anime depuis le meurtre de sa fille pas Golbeze. Il ira jusqu’à utiliser la magie ultime, Meteo, pour terrasser Golbeze, au péril de sa vie. Un sacrifice au final vain, puisque Golbeze n’est pas mort, tandis qu’il ait été poussé par la vengeance est intéressant. De l’autre côté, on trouve les « bons » sacrifices, ceux qui viennent du cœur dans un somple souci envers autrui, envers les amis. Le triomphe de l’amitié est vraiment l’un des thèmes centraux de Final Fantasy IV ; ces sacrifices représentent ka quintessence du développement de cette idée. C’est un acte à la fois héroïque, courageux et plein de sens, effectué par plusieurs protagonistes du jeu. On trouve d’abord Palom et Porom, et par la suite Cid et Yang. On peut aussi considérer l’assaut final de Golbeze et Foosooya contre Zemus comme un sacrifice. Toujours est-il que contrairement au triste sort de Tella, abandonné à son ego, tous les individus sacrifiés s’en sortent indemnes, au profit d’une intense scène de retrouvailles. C’est en quelque sorte la « récompense ultime » pour ces héros qui n’ont pas hésité à offrir leur vie au nom de l’amitié. Tella, au contraire, n’a agi que de son propre chef, évitant de s’embourber dans les notions de Bien/Mal, cédant aux avances de son ego et s’enfermant ainsi dans le piège vicieux de la vengeance. Bien que sa mort attriste, elle n’en demeure pas moins plus que justifiée dans le contexte thématique et philosophique du jeu. Certes, le message peut paraître naïf : le fait d’aider son prochain amène toujours une grande récompense, tandis que céder aux besoins de l’ego attire les malheurs. La vengeance engendre la violence, comme disent certains… Mais comment peut-on considérer naïve une telle ode à l’amitié, une telle valorisation des actes perpétrés dans le besoin des autres ? A vous de voir…

 

 

 

Alliance improbable

 

Enfin, on peut noter le symbolisme de la réunification des races lors de la bataille finale. Nains, magiciens, humains, invocations, tous se rassemblement contre un seul et même ennemie. Une alliance normalement improbable mais qui a lieu dans de telles circonstances, lorsque la survie du monde dépend nettement plus que le sort d’une seule personne, quand la menace dépasse de loin les habituelles querelles et guerres. Un message de fraternité et de paix que l’on retrouve dans bon nombre de grandes œuvres littéraires ou cinématographiques (Star Wars, Le Seigneur des Anneux…) et qui converge vers l’ éloge de l’amitié, autre point central de FF IV. Une fois de plus, cette volonté d’exprimer la paix peut sembler naïve aux yeux de beaucoup, mais ces préjugés sont justement la source du problème.

 

Final Fantasy IV, malgré ses dialogues faiblards (normal pour un RPG de cette époque), sa trame trop courte et relativement classique par moments, est un épisode riche, qui livre des messages philosophiques certes basiques (mais n’est ce point les concepts de base qui sont les fondements de tout ?) mais intéressants. J’ai volontairement omis de développer davantage certaines parties de mon texte, préférant véhiculer des ides pour permettre au lecteur de réaliser sa propre réflexion. J’espère de tout cœur avoir fait mouche ! :)

"© JAY - RPG - Texte libre sous condition"

 

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