Final Fantasy VI
Réflexion sur le mythe
Les avis divergent beaucoup sur les épisodes suivants, d’aucuns trouvant la nouvelle tournure de la série trop « hype ‘n’ cool ». Pourtant, que ce soit les nouveaux ou les anciens joueurs, tous voient en FF VI un titre de qualité rare. Point de débat pour savoir quel chapitre serait le meilleur de la série, puisque c’est, à mon sens, futile. Les Final Fantasy ne se suivent pas, proposent tous une histoire originale susceptible de plaire à une personne et de déplaire à une autre. Ce fait étant établi et accepté, il est inutile de qualifier un épisode de meilleur par rapport à un autre. Cette page a pour but de percer les mystères du sixième volet, et de tenter de savoir pourquoi tant de joueurs et de journalistes le considèrent avec autant d’égards. Pour ce faire, il est bon de rappeler, en quelques mots, l’histoire du jeu.
Tout commença il y a mille ans. A cette époque, les humains et les créatures magiques appelées espers vivaient en paix, jusqu ‘au jour où une guerre éclata. Cette bataille, appelée la guerre de
L’empire, décide à se servir d’elle à des fins maléfiques, la place sous son contrôle pour exploiter son don unique : Terra sait utiliser la magie. Elle sera sauvée par un résistant du nom de Locke et se retrouvera entraînée dans une histoire dépassant tout ce qu’elle aurait pu imaginer, au travers de rencontres, de combats, de questions et de tourments. Dans un monde meurtri, accablé par la pression d’un empire tyrannique, un groupe hétéroclite doit puiser la force résultant de la combinaison de leurs différences, aspirant à une seule chose : la paix. Maintenant que le contexte est posé, intéressons-nous aux forces sous-jacentes de FF VI, celles qui font qu’une fois la manette en main, on n’en décroche plus jusqu’à la fin.
La qualité fondamentale de Final Fantasy VI réside dans sa capacité à aborder des thèmes extrêmement variés, fans une histoire cohérente et unique que ne se perd pas sur des sentiers farfelus. En cela, FF VI offre une expérience singulière, mythique et terriblement contemporaine. Cet épisode offre un parallèle étonnant et fichtrement intelligent avec
Un casting défrisant
C’est donc une histoire adulte à laquelle se greffent des personnages sublimes, un exemple en matière de chara design et de background. Remercions encore une fois Yoshitaka Amano d’avoir offert à Square des protagonistes aussi somptueux magnifiques de profondeur et de consistance. Comment rester de marbre lorsque l’on assiste à la tragédie de la famille de Cyan ? Ce personnage torturé, mis au supplice par l’infamie de l’empire qui, plus tard, assistera au départ de sa femme et de sa fille vers l’au-delà, embarquant dans le train de
Kefka
Passons maintenant au protagoniste le plus important. Il ne faut pas oublier que FF VI possède le méchant le plus génial de l’histoire des RPGs ; j’utilise des grands mots, mais rendez-vous compte, Kefka fut le premier méchant aussi travaillé, aussi intéressant, aussi fou ! son aspect clownesque contrastant avec ses actes démoniaques, l’ambigu¨té de ce personnage d’anthologie contribua grandement au succès de l’histoire. Mais ce qui rend tous ces protagonistes uniques, c’est le brio avec lequel chacun d’entre eux est intégré au scénario. Contrairement à beaucoup de jeux dans lesquels les personnages forment un groupe pour atteindre un même but sans que cela soit directement incrusté à l’histoire, les héros de FF VI se rencontrent au gré de leurs périples, se croisent inopinément lors d’évènements demandant l’usage d’une union solide. La manière qu’ont les scénaristes de se faire rencontrer les héros et de former petit à petit une vraie équipe relève du génie pur et simple. L’intelligence avec laquelle les protagonistes sont introduits nous renvoie directement à des auteurs génialissimes comme Naoki Urusawa (Monster, 20th Century Boys), magaka émérite qui maîtrise comme personnes l’art de mettre en scène des personnages dans des histoires cohérentes. L’ingéniosité narrative employée est tout bonnement exemplaire. Le joueur est pris dans l’histoire comme dans un torrent. La maestria dont a fait preuve l’équipe de Square ayant mis sur pied l’histoire et le monde de Final Fantasy VI est impressionnante, d’autant que le titre est sorti sur un support aux capacités aujourd’hui limitées. Ce n’est « que » de la 2D, mais les émotions ne passent comme dans aucun autre soft du même genre, et il n’était pas nécessaire d’avoir des cinématiques monstrueuses pour nous faire vivre cette grande aventure. Et même plus qu’une aventure : c’est à une véritable expérience que Squaresoft nous convia avec ce chef-d’œuvre du jeu vidéo. Une histoire mettant à profit notre imaginaire, notre curiosité, un récit fabuleux, magique, tragique et fantastique qui traverse les âges comme aucun de ses semblables. Les personnages sont au service de l’histoire, et non pas l’inverse. Ainsi, à de nombreuses reprises, lorsque la situation l’exige, les héros se séparent, se retrouvent, se séparant à nouveau, chacun suivant sa propre quête au sein du groupe.
Apologie
Les thèmes abordés par FF VI sont, en fin de compte, plutôt classiques, dans la mesure où il est une énième fois question d’un grand et méchant empire et d’un fou voulant détruire le monde. Pourtant, la manière dont cela est racontée, la cohésion et l’émotion qui s’en dégagent ne peuvent que touche le joueur au plus profond de lui-même. Destins croisés d’hommes et de femmes aux multiples facettes, réflexion profonde sur la guerre et la manière qu’a chaque individu de l’aborder, Final Fantasy VI porte en lui la marque des grands Fable moderniste aux accents doucement fantaisistes et fantastiques,
Comme expliqué plus haut, FFVI propose une analogie frappante avec
Retour sur Kefka
Attardons-nous maintenant sur un point crucial du jeu, son design, intimement lié aux protagonistes. Le travail de Yoshitaka amano sur cet épisode nous renvoie plus ou moins explicitement à la célèbre Commedia dell’arte – commencer par les costumes, qui pour certains, rappellent fortement des rôles de ce célèbre mouvement théâtral. Les exemples les plus frappants sont Kefka et Gogo, personnage caché mais surtout haut en couleur, au style italien évident, qui est en plus le seul à posséder la capacité Mimer, ce qui nous renvoie encore une fois au théâtre. Mais plus que les costumes et l’aspect des protagonistes, c’est leur psychologie, associé à leur look, qui leur donne leur force. Kefka est sans conteste l’exemple illustrant le mieux mon propos. Son allure de bouffon, en contraste avec sa cruauté et la peur qu’il inspire, renforce la dimension sardonique et tragique de cet individu. Il dut le premier des MgiTek Warriors et, en sombrant peu à peu dans la folie, il développa ses désir de pouvoir, de puissance, de destruction. Kefka incarne des aspirations humaines, totalement exacerbées, suivant d’assez près les principes de la pensée nietzshéenne. Son désir de puissance, ce qui le conduit à une renversement total des valeurs (il change la face du monde à son image), le mènera à « s’élever, à atteindre un niveau d’existence supérieur. Finalement, Kefka aura créé sa propre image divine, qu’il incarnera lui-même, évoquant ainsi une certaine vision des théories de Nietzeshe, regroupant la volonté de puissance, la création de nouvelles valeurs et l’accès au surhomme. Je précise toutefois que le cheminement de Kefka, proche de celui d’Hitler dans sa conception, s’éloigne des réelles idées de Nietzsche, puisqu’il faut savoir que le psychopathe à moustache avait interprété à sa façon (très personnelle et très nazie) les écrits du philosophe allemand, comme certains le Coran ou
Le scénario et les protagonistes, dans toutes leur complexité et leur contradiction, deviennent au final une métaphore juste et terrifiante de l’être humain. La soif de pouvoir, la volonté de faire un monde à son image, l’égocentrisme, les désillusions, la haine et le désespoir sont autant de thèmes abordés, au travers de l’histoire et des personnages qui la composent. Ces deux éléments fusionnent pour constituer l’oeuvre absolue en matière de RPG, sur Super Nintendo.
La puissance de ce sixième volet, sa force narrative, l’émotion sidérante qui se dégage de ses scènes, ses personnages à des années-lumière de tout stéréotype, ne peuvent qu’imposer le respect à tous ceux qui s’y sont essayés. Depuis quelque temps, toutefois, on remarque une tendance curieuse, visant à discréditer FF VI aux yeux de tous. En effet, on note de plus en plus de joueurs déclarant trouver ce sixième opus surévalué, entouré d’une aura « fashion » qui en pousserait certains à dire que FF VI est le meilleur épisode, pour le simple plaisir de briller en société « c’est un bine grand mot). Cette « contre tendance » semble prendre de l’ampleur, mais fort heureusement, on remarque que ces propos sont le plus souvent tenus par de jeunes joueurs, ce qui n’a rien, en soi, de péjoratif. Pourtant, cela nous fait reconnaître que le jeu vidéo a évolué, et que Final Fantasy VI touche aujourd’hui un public plus restreint. Attendons toutefois la sortie d’une hypothétique réédition, ou mieux, d’un remake, pour voir comment le nouveau public, bercé par de splendides cinématiques et des mises en scène démentes, réagira face à ce mastodonte de l’histoire du RPG. Comme je le disais plus haut, aucun Final Fantasy ne peut être considéré comme supérieur à un autre ; chacun des épisodes s’est même créé un public d’adorateurs fidèles, ce qui est, assurément, une excellent chose. Il ne faut cependant pas perdre de vue qu’avant FF VII, le sixième chapitre de la saga fut le jeu déchaînant le plus les passion à travers le monde, trouvant au total plus de trois millions d’acquéreurs, un chiffre impressionnant pour un RPG datent de 1994. le mythe trouve encore un écho aujourd’hui, puisque comme vous le voyez, nous lui consacrons un nombre conséquent de pages dans la presse, preuve de sa qualité impérissable qui, espérons-le, ne tombera jamais dans l’oublie.
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